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La chose

La Chose

J’avais cinq ans quand j’ai vu le capitaine Corbeau Noir pour la première fois.

Maman tenait la « Taverne du Chat qui chique » depuis que mon père avait disparu en mer. Son bateau avait coulé au large de Valparaiso après avoir été attaqué par le pirate des Caraïbes.

La « taverne du Chat qui chique » était une petite maison sur le port avec une grande salle pleine de marins, de rires et de rhum et une cuisine pleine de viandes, d’odeurs et de dangers. J’ai grandi là. Mon enfance est pleine de ces histoires de tempêtes, de naufrages, de pays inconnus, de pirates et d’îles mystérieuses racontées par ces marins aux yeux qui regardent plus loin que l’horizon.

J’avais cinq ans donc, quand j’ai vu le capitaine Corbeau Noir pour la première fois. Il était gigantesque, … plus grand encore que « le grand pierrot », le raconteur de sornettes qui souvent vient boire le rhum du soir avec Maman avant la fermeture. Il était laid, … bien plus laid encore que « Face de Bouze », celui qui fait payer aux capitaines des voiliers la place dans le port. Il était méchant, … presqu’aussi méchant que « la teigne », mon chien que personne ne peut approcher, pas même moi, sans se faire mordre les fesses. Il était bagarreur, … énormément plus bagarreur que « le rouge-nez », le grand à l’école qui pourtant a écrasé plus de nez que d’enfants.

Maman en avait peur et ça, pour un petit garçon, c’est terrible. Chaque fois qu’elle le voyait débarquer à la taverne, elle m’attrapait et me cachait dans la cuisine. Mais moi, je l’observais par le trou de la porte.

Un jour qu’il était plus bavard et plus joyeux que d’habitude, il raconta tout bas à son lieutenant, mais j’ai tout entendu, qu’il avait quelque chose dans un coffre en bois avec un cadenas en argent, quelque chose de si extraordinaire, de si précieux, de si exceptionnel, … que je n’ai pas compris ce que c’était. Mais, cette chose m’a empêché de dormir, je n’ai fait que penser à ça toute la nuit. Qu’est-ce qui pouvait être aussi important, qu’y avait-il dans ce coffre ?

Il fallait que je vois, que je touche cette chose si merveilleuse. Et c’est là que tout a commencé.

Le lendemain, avec « Morvaunez », mon copain, on est allé voir la chose. On a pris la barque du « Père la Boutanche » qui dormait sur une table au fond de la taverne de Maman. On a godillé jusqu’au « Même pas peur », sans bruit, sans respirer, les yeux grands ouverts dans le noir, la peur comme une boule dans le ventre, mais avec l’excitation de voir enfin la chose.

Lorsqu’on est arrivé au pied du navire, tout était dans la nuit. On savait que tous les pirates de Corbeau noir étaient partis au mariage de « raze la vague » et de « Bertha la grosse », au village d’à côté et qu’ils ne rentreraient pas avant le lendemain.

La chose, on allait voir, toucher la chose. Notre idée, ce n’était pas de la voler cette chose, mais de la voir, de savoir ce que c’était.

Mon coeur battait trop fort quand je suis monté le long de la chaîne de l’ancre. Il faisait tellement de bruit dans ma poitrine que je lui ai demandé, je l’ai supplié de se calmer. Le capitaine avait du laisser des gardes dans le bateau et je ne voulais pas les réveiller.

Lentement, je me suis glissé vers la cabine du capitaine. J’ai rampé à côté d’un pirate qui ronflait plus fort que la « jolie suzie », je me suis transformé en courant d’air en en frôlant un autre, la bouche ouverte, les dents plus pourries que celle du vieux « puisard le borgne », je suis devenu invisible en passant entre les jambes du dernier pirate qui dormait debout devant la porte de la cabine, une main sur son terrible sabre, un oeil ouvert, plus terrible que celui de mon instituteur « casse noisettes » quand il essayait de chercher les tricheurs pendant les contrôles. Enfin, j’ai posé la main sur la poignée de la porte et je l’ai ouverte. Elle s’est mise à grincer plus fort que « main de fer gueule d’amour » quand il nous court après en criant au voleur de pommes. Mais rien n’a bougé, les trois pirates dormaient toujours.

La cabine du capitaine était sombre, froide et humide. Sur la table, le cadenas du coffre rempli de la chose, brillait dans le noir. J’attrapais un couteau et essayais de l’ouvrir le plus doucement possible quand soudain, un gros bruit me fit sursauter et sans réfléchir, sans essayer de savoir d’où venait ce bruit, j’attrapais le coffre et me jettais à l’eau par la fenêtre ouverte. « Morvaunez » godilla aussi vite qu’il put, me rejoignit, me tira dans la barque et nous sommes rentrés à l’auberge plus effrayés qu’une souris dans les pattes de « chat » mon chat.

Nous sommes restés longtemps à regarder le coffre en pensant à la chose qui nous attendait, cette chose extraordinaire … On a cassé le beau cadenas, et là j’ai découvert LA CHOSE.

Quelle est donc cette chose extraordinaire que personne n’avait vu avant ?

Pour le savoir, il faut que vous remplissiez le mots croisés et alors … vous saurez.


realisation